nourricière

 

Elle est assise.

Elle ne bouge pas. Elle ne bouge plus. Elle fait corps avec le tout venant. Elle est lueur stable pour chaque regard méprisant. Sous le bitume de sa couche, elle sait le terreau nourricier. Pour toute attention vitale, elle laisse un bol à aumônes au croisement des mondes. Elle y mange. Elle y dort. Elle y vit.

De sa terre native, du froid des plaines, elle en a retenu l’innocence: son regard est la marque indélébile d’une seule voix. Son offrande est le chant qu’elle tait. Elle ne cherche pas a fidéliser, à bâtir. Elle vit de l’air qui l’emploie. Et elle s’emploie à aimer.

Sous les plis d’un manteau de chair meurtri —un corps de rien éclairci par une transparence sans âge. Repu du monde et de son infatigable course perdue.

Le trouble d’une beauté livrée à vif, d’un ange châtié d’un monde tourné sur lui-même, d’une humanité hébétée par son propre accomplissement.

 

 

Tout remerciement est implicite et relève d’un don qui nous dépasse: ce en quoi nous n’avons prise que —parce que nous nous y abandonnons.

 

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