neige

 

   Un jour, vous vous êtes éveillé au seuil d’un autre bercement. La rivière vous a donné de ne rien perturber en sa musique. Cette libre circulation, cette fluidité a vibré de la corde irréversible du silence.

   Le chant vous est venu —spontanément.

   Autour. Tout autour de vous. Vous avez observé, ressenti chaque mode, considéré chaque monde. Pourtant sans ne rien voir, sans ne rien entendre. Vous vous êtes entretenu, avec chaque rencontre, chaque foyer d’intention. Témoin discret ou ami complice — c’est selon. Une latitude de plein espace, vous n’avez rien émis de plus.

   Et dans ce théâtre à ciel ouvert, planait une enfant vierge de tout motif : la joie se déversait sur vous — comme de la neige.

   Imperturbable, immaculée.

   Vous auriez sans doute pu mourir sur le champ, mourir n’aurait pas fait plus de bruit. Ici ou ailleurs cette terre ne vous était que momentanément confiée et vous ressentiez pleinement l’ivresse de cet impondérable, la caresse de ce survol.

   Ce que ¨vivre¨ venait battre au vertige de votre vie.

 

 

 

cela

 

 

Il n’y a pas de signes de symboles, de vérités acquises.
Chaque sourire émergeant est une éternité — en soi.

 

 

 

paumes

 

 

 

Chérir ce peu dans la paume. Il est comme oiseau recueilli.
Mourir à l’espace qui lui incombe.
Celui même qui veille —établi.

 

 

Ê t r e.   

Parce qu’il nous a été donné d’aimer.

 

 

esquisses

 

 

 

 

 

Virevolte au-devant de tout insigne, oiseau.

L’homme ici craint l’abandon.
Dépareillé des plus nobles étals, il navigue à vue.

Sublime les contours qu’il ponctue d’un visage
—Sature l’air du vertige de ton chant. 

 

Virevolte au-devant de tout insigne, oiseau.

Élance ta voix aux confins renoués.

L’harmonie enfante l’œuvre.
Mourir tout comme chanter  —  Chanter tout comme mourir.

 

La transparence du répit qu’orne seule fortune,

 

La grâce.

 

 

 

 

une

      

 

 

Comment considérer les traits de l’aimé 
Si ce n’est au seuil de l’incommensurable.
Qui aimer ?
Si ce n’est la vie,
U N E —
Indissociable de son propre mystère.

 

   

 

 

 

cendres

 

Le drame de ce siècle impersonnel est qu´il produit en masse et de manière indifférente quantité de formes orphelines, d´imprégnations dérivées de ce productivisme aveugle et effréné et que — insensibles à la dimension invisible de la gratuité procédant à toute œuvre créatrice—, des familles tournées sur elles-mêmes, sécurisent par leur biais, l’édifice qui les clouera —du berceau au linceul.

 

 

aurores

 

 

C’est ici que règne la tranquillité. Ici que nous ouvrons nos mains. Patience. Libre cours au silence. Que ton cœur désarmé révèle. Douceur. Mon ciel entendu à jamais. Donne. Marque nos vies de ton bien le plus précieux. « Que cet enfant dorme au plus clair du secret. » Car de son sourire on y lit l’aurore. Et de l’aurore —tout visage transparaît.

 

 

 

constellations

 

 

 

L’évidence tient en un trait. L’éclat d’un rire sur fond d’éternité.
Une bouffée d’air frais qui n’a de cesse —que d’inconnu.

 

 

parade

Enfant, nous endurons la charge du contrat tacite que chaque adulte consentant à l’ordonnance de ce monde paye de son âme. Épelé sur toutes les lèvres, enseveli sous chaque mot, un même mensonge se dispute la vérité: forcer la nature implicite du don au profit d’une langue dont chacun s’évertue tant bien que mal à satisfaire le rythme quitte à en dénaturer le ressenti premier.

Ne jamais avoir à rendre grâce. Surjouer. Surtout ne pas relever l’évidence. Parader. Sertir de promesses un avenir supposément meilleur, certains que nos ambitions désamorceront l’inéluctable.

Réussir sa vie: combler.

perspectives

 

 

 

 

« Si tu ne brises pas tes liens durant la vie,

quel espoir de délivrance auras-tu dans la mort. » Kabir

 


 

Si tu ne communies pas d’éternel avec tes proches,

quel espoir de délivrance auras-tu en la vie.

 

 

 

alliance

 

 

   Une éclaircie vibrante immobilisant toute discussion. Un point d’or et d’émerveillement au creux d’une rue déserte. Le tâtonnement souverain d’un aveugle qui écoute. Le feu qui crépite, la lumière qui infuse.  Ce qui se passe de mots. Ce dont je suis témoin. Ce que j’oublie mais qui ne s’oublie pas.

   Où que tu sois se joue une alliance éternelle, bien plus intime que le visage que j’épelle, transi de son nom.

 

 

“Et ici, je m’arrête, ne trouvant plus ni fin, ni commencement, ni comparaison qui puissent justifier les paroles, j’abandonne le thème à ceux qui le vivent: si pure pensée blesserait la langue de qui voulut en parler. “

Hadewijch II (anonyme)

– chant premier

nourricière

 

Elle est assise.

Elle ne bouge pas. Elle ne bouge plus. Elle fait corps avec le tout venant. Elle est lueur stable pour chaque regard méprisant. Sous le bitume de sa couche, elle sait le terreau nourricier. Pour toute attention vitale, elle laisse un bol à aumônes au croisement des mondes. Elle y mange. Elle y dort. Elle y vit.

De sa terre native, du froid des plaines, elle en a retenu l’innocence: son regard est la marque indélébile d’une seule voix. Son offrande est le chant qu’elle tait. Elle ne cherche pas a fidéliser, à bâtir. Elle vit de l’air qui l’emploie. Et elle s’emploie à aimer.

Sous les plis d’un manteau de chair meurtri —un corps de rien éclairci par une transparence sans âge. Repu du monde et de son infatigable course perdue.

Le trouble d’une beauté livrée à vif, d’un ange châtié d’un monde tourné sur lui-même, d’une humanité hébétée par son propre accomplissement.

 

 

Tout remerciement est implicite et relève d’un don qui nous dépasse: ce en quoi nous n’avons prise que —parce que nous nous y abandonnons.

 

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